Regards pluriels sur l’écriture singulière de Maryse Condé.

07-10-2019

Cher(e)s collègues,

Nous avons le plaisir de vous adresser un nouvel appel à articles pour le numéro 28 de la revue Anales de Filología Francesa, éditée par l’Université de Murcia.

Le numéro, à paraître avant le 30 novembre 2020, comprendra trois parties distinctes :

  1. a) Une Section monographique consacrée à l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé: Regards pluriels sur l’écriture singulière de Maryse Condé.

Romancière, dramaturge et essayiste talentueuse, Maryse Condé est une écrivaine guadeloupéenne pionnière de l’écriture féminine et de l’oralité dans la littérature francophone des Antilles. Sa production littéraire et critique examine des thèmes sociaux actuels, mais aussi culturels et politiques, revisitant l’espace historique et le passé esclavagiste, explorant une diversité d’espaces géographiques réels, où la nature joue un rôle essentiel. Son écriture et son style particuliers n’ont pas laissé la critique indifférente : « Une écrivaine politiquement incorrecte » (Nara Araujo, 1996), « une nomade inconvenante » (Madeleine Cottenet-Hage et Lydie Moudileno, 2002), « la têtue », (Antoine Compagnon, 2002) « une femme matador » (Jacques Chevrier, 2002), une parole de « rébellion et transgressions » (Noëlle Carruggi, 2010), sont seulement quelques qualificatifs attribués à cette personnalité complexe et à la fécondité de son esprit créateur. Son œuvre, reconnue par de nombreux prix littéraires, a été dernièrement couronnée par le « Nobel alternatif » 2018 (Prix de la Nouvelle Académie). Au regard de toutes ces distinctions et en reconnaissance à sa trajectoire brillante – romancière, essais critiques, enseignante –, la Revue Anales de Filología Francesa de l’Université de Murcia voudrait contribuer à l’analyse de ses textes, invitant à une relecture de son œuvre, afin de lui consacrer cette étude monographique. 

L’itinéraire  idéologique et vital de Maryse Condé n´évolue pas exempt de contraintes : « la méfiance profonde de toute attitude doctrinaire ou de toute idéologie » (Wilson, 1996), qui se dégage de son parcours littéraire ainsi qu’intellectuel, est bien connue. Alors, malgré les réticences de l’écrivaine, une nouvelle approche de son ouvrage littéraire et critique, sous une perspective diachronique, nous permet de retracer un chemin complexe de recherche identitaire, où semblent confluer quelques aspects concernant tant la négritude que l’antillanité, la créolité, le féminisme ou même le nationalisme : « Les trois termes négritude, antillanité et créolité peuvent être considérés comme les avatars successifs d’une quête de la différence (et donc de l’identité) qui amènent les auteurs à théoriser de plus en plus précisément leur apport avec une certaine idée du culturel » (Rosello, 1992).

Dès ses premiers pas, où la négritude semble indispensable à tout auteur noir, Condé avec d’autres détracteurs mettent en évidence une quête identitaire antillaise réduite aux origines africaines. Nonobstant, face à cette vision idéalisée du continent ancestral, elle propose un retour hypothétique, évoqué à travers une vision peu complaisante de l’Afrique actuelle, en vue d’une intégration échouée et des problèmes posés par l’acculturation. Son esprit contestataire et une originalité sans précédents commencent donc à se forger dès ses premiers écrits. Cette prise de position indépendante et engagée envers son peuple dévoile une culture antillaise spécifique, ce qui lui a permis de dépeindre un portrait postcolonial inédit et de métaphoriser ses idées, d’autres notions et concepts porteurs d’un certain sens existentiel.

Du passé africain à la Guadeloupe contemporaine, son discours historique et identitaire met en valeur une culture créolisée, conférant à ses textes un cosmopolitisme et un nomadisme frétillants au cœur de ses fictions. Cette situation d’exode, décrite par la propre écrivaine dans ses récits autobiographiques, est conçue non pas comme un handicap, mais au contraire comme un atout pour la création littéraire : « Un moi que nous voyons situé d’abord entre quatre espaces : Antilles, Europe, Afrique, États-Unis, dont chacun projeta ses effets sur la perception que la romancière se fit des autres » (Régis Antoine, 1993).

En somme, l’ampleur et la variété de son œuvre reflètent, d’après Françoise Pfaff, la portée des écrits de Maryse Condé, objet principal d’étude de cette prochaine publication d’Anales de Filología Francesa. Nous vous invitons donc à proposer un regard actualisant sur son écriture prolifique ; roman, conte, nouvelle, théâtre, essais, tout en vous proposant de réfléchir sur une thématique structurée autour des axes suivants, non exclusifs, susceptibles d’être reliés dans un rapport de complémentarité :

  • Paysages femme et parages identitaires.
  • La sexualité : conformisme, révolte et transgressions.
  • La maternité. La famille éclatée.
  • Le nomadisme et l’exil, itinéraires erratiques.
  • L´Afrique ancestrale/L’espace insulaire.
  • Le regard du colonisé. Mirages et leurres du colonialisme.
  • Les enjeux de l’Histoire et de la société dans le contexte caribéen.
  • Le savoir des ancêtres. Initiation et magie.
  • Les mots et les mets. Création littéraire et art culinaire.
  • Hybridation linguistique (créolismes) et hybridation culturelle (discours créole).
  • Oraliture identitaire : contes, devinettes, chansons et dictons.
  • Interaction écriture-image (peinture, photographie).
  • L’interculturalité musicale : rythmes caribéens, africains…
  • Réception et traduction de l’œuvre condéenne.

En cas de doute, nous vous prions de contacter par courriel Antonia Pagán (antpagan@um.es) ou Isaac Cremades (dicc1@um.es), coordinateurs de la section monographique sur Maryse Condé.

  1. b) Une sélection de Varia pour des travaux de recherche sur des sujets divers concernant la littérature/culture, la réception/traduction, la linguistique/didactique, etc., dans le domaine de la langue française ou dans le rapport que celle-ci entretient avec d’autres langues.
  2. c) Une section Comptes rendus.

La date limite de réception d’articles et de comptes rendus sera le 30 avril 2020. Les propositions seront envoyées à travers notre site web, et il faudra pour cela créer un compte d´utilisateur (http://revistas.um.es/analesff/user/register) en suivant les indications. Tous les articles reçus seront soumis à deux évaluateurs anonymes. Pour que l’article puisse être publié dans Anales de Filología Francesa, deux évaluations favorables sont indispensables. Les articles devront être conformes aux normes d’édition stipulées sur notre site (http://revistas.um.es/analesff/about). Les auteurs peuvent s’y reporter ainsi qu’aux numéros précédents de la revue, à titre de référence.

En attendant votre participation, recevez nos salutations distinguées.

Mercedes Eurrutia

Concha Palacios